Réconfort

Réconfort

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Depuis maintenant plusieurs jours, la sidération a envahi le monde. Je commence tout juste à sortir de la torpeur pour pouvoir écrire.

Suite à ces événements tragiques, je l’avoue, il y a eu quelques heures où mon amour et ma foi en l’humanité ont quelque peu vacillé. J’ai eu très peur des décisions prises dans l’émotion, dans l’effroi et dans la peur. J’ai perdu confiance en notre amour de notre prochain et de nos libertés.

Et puis, peu à peu, la sidération s’estompe légèrement, et il redevient possible de penser. Beaucoup de choses, sur les réseaux sociaux, les blogs, ou encore dans les journaux m’ont donnés un peu de baume au cœur,  m’ont arraché un sourire, ou m’ont redonné foi en l’humanité. J’espère que cela aura le même effet sur vous.

N’hésitez pas à nous partager ce qui vous a fait un peu de bien ces derniers jours, on en a tous besoin.


Je commence par une citation qui me tiens à cœur en tant qu’éducatrice qui a peur des politiques ultra sécuritaires qui en oublient selon moi l’essentiel. Je l’ai trouvé sur la page facebook Désolé, fallait que je le dise :

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Dans le même style, c’est un peu revendicatif, mais ça me fait du bien de voir que certaines personnes défendent des valeurs qui me tiennent à cœur, même dans ces temps de sidération. Un collègue de Rennes, Xavier Baron a publié cela sur sa page facebook :

« Dis donc Président un état d’urgence de trois mois, des flics, des douaniers, des juges en plus ce ne serait pas un peu raisonner à court terme.
Ça ne te dirait pas d’investir dans du durable, du costaud, du solide parfois fragilisé un truc qui tient la route malgré tout ce qu’on entend à droite à gauche. Je te suggère d’investir dans la jeunesse de ne pas te contenter de la pleurer. Je te dis ça car je travaille avec des mômes, des ados un peu paumés un peu perdus, ils ont soif de vivre d’écoute, d’envies, de protection, d’affection, de rires. Ils viennent d’un peu partout de la ville, de la campagne, d’ici de l’étranger. Y’a des laïcs, des cathos, des musulmans…
Certains ont fuit la guerre, pour échapper à tu sais bien qui. Planqués dans un camion direction, ici la France un pays pour eux plein d’espoir. Mais depuis vendredi, ils n’arrêtent pas d’entendre le mot guerre. J’en ai eu un hier au téléphone, il était inquiet, en colère. Quand je pense qu’on lui refuse sa viande préférée au prétexte d’un risque de contagion. Foutaise. Heureusement pour nous, pour lui, la guerre de son enfance ne l’a pas trop bousillé.
Bosser avec un gosse traqué par la violence, devenu un grand parano, ce n’est pas donné à tout le monde. On fait avec, on le rassure, on relativise on prend deux trois coups et on s’accroche.
Tiens je pense à une autre, toute petite, toute gentille, toute perdue et bien figures toi qu’elle n’aura pas d’AVS dans son collège. «Trop tard» la demande est arrivée trop tard paraît il, dommage pour elle un an de perdu. Et puis l’autre qui ne pourra pas voir son thérapeute préféré: pas de sou.
Ah oui y’a l’autre le grand un peu chiant, souriant, il est là avec ses frangins un peu plus petits. Pour eux pas de week-ends à la maison, c’est simple les parents n’en ont pas, alors ils passent du 115 au 115, du fast food au kebab, le temps d’une visite, d’un après midi. Pourtant dans cette bonne ville de Rennes des logements vides, j’en vois.
C’est vrai, de temps en temps on a bien deux ou trois branleurs des vrais casses pieds, t’inquiètes pas il suffit de gratter un peu de chatouiller, de les prendre avec des pincettes. Surtout pas de front malheureux, alors ça s’apaise. Nul besoin de les parquer.
Avec les collègues on imagine, on crée, des moments de rires, de réconfort si tu connaissais notre capacité à innover, tu n’en reviendrais pas.
Enfin t’as pas le temps, t’as du pain sur la planche, t’as des avions de chez Dassault à faire décoller.
Je me permets d’insister pourtant car figures toi qu’en ce moment je travaille un dimanche sur deux. Je t’avoue je suis un peu fatigué de tout ce merdier, je me rassure tant bien que mal idem au boulot. Toujours discuter avec eux, ne pas laisser tomber.
Tiens mon frangin aussi d’ailleurs bosse le dimanche. C’est pas grave on se verra à Nöel. Ah non mince je bosse tu sais avec les gosses dont je viens de te parler. Peu importe j’aime pas trop cette période.
Eux ils aimeraient bien avoir un petit cadeau ou même un moyen, avec 20 euros par tête de mioche on ne pourra pas leur offrir grand chose. Pour l’anniversaire, c’est 7 euros. Le gosse, la gamine, il, elle a passé trois ou quatre ans avec nous, on fait une fête pour son départ, on racle les fonds de tiroir pour un album photo.
La consommation c’est pas trop mon truc mais eux ça leur parle de bonheur, de libertés. Notre société occidentale qui fait rêver et qui pleure. Réfléchit elle ?

Je viens d’apprendre que tu allais faire des cadeaux à la Police Municipale.
Du coup je voulais savoir si tu avais l’intention de faire un geste pour la Protection de l’Enfance avant qu’elle ne pète les plombs? »


Quelqu’un que je ne connais pas a publié un très joli texte sur la page facebook le palais savant, c’est l’aspect positif des réseaux sociaux, on peut être touché, émue par quelqu’un que l’on n’avait jamais rencontré

« Je ne sais pas quoi faire.
Je ne sais pas quoi penser.
Je n’ai pas peur de vivre en France.
J’ai peur que toutes les graines de haine qui ont été semées hier, germent dans des coeurs sensibles. Fragiles. En colère.
Je ne sais pas quoi faire à part continuer à faire ce que je sais déjà faire. J’ai vu une fille pleurer dans le métro ce matin, je me suis approchée d’elle pour lui offrir une part de gâteau au chocolat. Elle a rigolé. Je crois qu’elle s’est sentie moins invisible. J’ai donné deux euros à un monsieur dans la rue, il a rigolé et il m’a fait un baise-main. C’était futile peut être. Mais je ne sais pas quoi faire d’autre à part faire ce que je sais faire. Voir les autres. Prier pour que tout le monde se sente un peu aimé aujourd’hui.

Cette sensation que nous sentons dans le ventre, c’est parce que nous sommes émus par l’amour. Pas par la haine. L’amour que nous sentons pour des personnes que nous n’avons jamais connu. Et qu’on ne savait pas jusqu’à aujourd’hui, qu’on aimait quand même.

C’est ça. Aujourd’hui je vais prier pour que ce soit l’amour qui nous émeuve. »

 


J’ai été très émue de lire les lignes de solidarité du New York Times qui a trouvé de très jolis mots pour résumer notre mode de vie. ça réchauffe le cœur de voir comment certains américains nous voient :

« La France incarne tout ce que les fanatiques religieux du monde détestent : la joie de vivre par une myriade de petites choses : le parfum d’une tasse de café et des croissants le matin, de belles femmes en robe souriant librement dans la rue, l’odeur du pain chaud, une bouteille de vin que l’on partage entre amis, quelques gouttes de parfum, les enfants qui jouent dans les jardins du Luxembourg, le droit de ne croire en aucun dieu, de se moquer des calories, de flirter, fumer et apprécier le sexe hors mariage, de prendre des vacances, de lire n’importe quel livre, d’aller à l’école gratuitement, jouer, rire, se disputer, se moquer des prélats comme des politiciens, de ne pas se soucier de la vie après la mort. Aucun pays sur terre n’a de meilleure définition de la vie que les Français. »


J’ai beaucoup aimé un très joli dessin de Camille SKRYNSKI, avec cette Marianne punk qui escalade la tour Eiffel. Il faut vraiment jeter un coup d’œil à ce qu’elle fait, elle est très douée. Elle tient aussi un joli blog

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De très jolies photos et un très joli post du blog Augustin et Augustine que j’aime beaucoup. Il reprend cette citation de Martin Luther King :

« Personne ne naît en haïssant une autre personne pour la couleur de sa peau, ou de son passé ou de sa religion. Les gens doivent apprendre à haïr, et s’ils peuvent apprendre à haïr, on peut leur enseigner aussi à aimer, car l’amour naît plus naturellement dans le cœur de l’homme que son contraire. »

Nelson MANDELA


Une belle photo du blog simplement beau intitulée « faire le vide ». C’est exactement ce dont j’avais besoin au moment de sa publication sur facebook, et cette photo aide beaucoup de trouve :

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J’ai aussi trouvé un très bel article écrit par le moine Bouddhiste Matthieu RICHARD publié dans le point le 19 novembre 2015 :

« Les jeunes hommes qui ont tué vendredi 13 novembre ont été des enfants. « Qu’avons-nous négligé pour en arriver là ? » s’interroge le moine bouddhiste.

L’un de ces enfants est un petit garçon syrien de 4 ans, Aylan Kurdi, échoué mort sur une plage turque. Son image a bouleversé le monde. L’autre est un enfant qui, comme tant d’autres qui n’ont pas eu accès à une éducation ouverte fondée sur le respect de l’autre, la tolérance et la bienveillance, est tombé entre les mains de fanatiques qui lui ont inculqué la haine. Mais cet enfant n’est pas né en se disant « je vais tuer tout le monde autour de moi ». Qu’avons-nous négligé pour en arriver à ces deux formes d’horreur ?

Face aux actes barbares qui ont ôté la vie à tant d’entre nous à Paris, notre réaction immédiate est d’être profondément choqués, de ressentir une immense peine, parfois de la peur. Mais nous n’avons pas d’autre choix que de faire front en cultivant la résilience, la force d’âme, et de mobiliser toutes nos ressources intérieures pour faire face avec sagesse et compassion. La peur se combat par la coopération et la solidarité. Une société plus altruiste est moins vulnérable : les individus sont plus forts ensemble qu’isolés. Mais cela, bien sûr, est impossible si l’on exclut certains peuples du monde ou certains pans de notre propre société.

Se protéger des douleurs

Sur le moment, on doit faire ce que l’on peut pour se protéger des douleurs et des violences absurdes, mais on ne peut fonctionner uniquement dans l’urgence, une

fois l’incendie déclaré. On doit inlassablement rechercher les racines du mal et œuvrer à long terme pour un monde meilleur. En réduisant, par exemple, les inégalités qui ne cessent de croître entre le Nord et le Sud, entre les États et au sein même de nos sociétés. En offrant aux jeunes un idéal autre que celui de la violence, une vision saine du monde qui les incite à se préoccuper du bien des autres. Or, jusque-là, c’est le contraire que nous avons fait. Nous avons, par égoïsme, aveuglement ou indifférence, aliéné une partie de la population du monde en favorisant ainsi son basculement dans l’extrémisme.

Cette situation n’est pas sans espoir. On sait que, globalement, la violence est en constante baisse dans les régions qui connaissent la démocratie, le respect des femmes, la liberté de pensée, de parole et d’action, et l’ouverture aux autres. « C’est à chaque homme de décider, disait Martin Luther King, s’il marchera dans la lumière de l’altruisme créatif ou dans les ténèbres de l’égoïsme destructeur. » Cette phrase est particulièrement appropriée en ces moments tragiques. Il est tentant de réagir par la violence, les représailles, mais si l’on applique la loi du talion — œil pour œil, dent pour dent ‒, le monde, disait Gandhi, sera bientôt aveugle et sans dents. Au lieu de frapper dans des pays lointains des êtres qui ont eu le malheur de subir un endoctrinement pervers, mieux vaudrait remédier, par des mesures constructives, aux causes profondes du ressentiment qui a, peu à peu, mené ces êtres à la barbarie.

Que la haine nous quitte

Quand la haine a déjà enflammé l’esprit de quelqu’un, la compassion consiste à adopter face à lui l’attitude du médecin envers un fou furieux. Il faut d’abord l’empêcher de nuire. Mais, comme le médecin qui s’attaque au mal qui ronge l’esprit du fou sans prendre un gourdin et réduire son cerveau en bouillie, il faut aussi envisager tous les moyens possibles pour résoudre le problème sans tomber soi-même dans la violence et la haine. Si la haine répond à la haine, le problème n’aura jamais de fin. En bref, faisons tout pour que la haine, la cruauté, l’intolérance, l’envie de se venger, en gros tout désir de violence, quittent le cœur de ceux, nous-mêmes ou les autres, qui sont sous l’emprise de ces poisons mentaux. Il ne peut y avoir de désarmement extérieur sans désarmement intérieur, de paix dans le monde sans paix dans l’esprit. Tout repose en fait sur chacun de nous. »


Enfin, pour finir, j’ai assisté à mon cours de yoga hebdomadaire. Charlotte nous a concocté un programme anti-stress très efficace.

Les postures étaient assez difficiles pour la novice que je suis, mais elles ont très bien libéré les tensions du corps et surtout le poids que l’on avait sur sa cage thoracique (dont on ne s’aperçoit vraiment qu’une fois qu’il a disparu)

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Une réflexion sur “Réconfort

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